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2 - Circulations, dynamiques des altérités et construction de l'Europe

     L’Europe et le monde : migrations, frontières, hybridations

    Les phénomènes migratoires intra et extra européens ont contribué historiquement à façonner la construction politique, sociale et économique des États-nations et de l’Union Européenne. Nous le constatons encore de nos jours où la question migratoire influe sur les décisions des gouvernements européens et sur leurs relations avec les pays émetteurs. L’Europe, qui a longtemps été source d’émigration (vers les « nouveaux mondes » et les empires coloniaux), est, compte tenu de l’immigration et des migrations internes, le réceptacle de cultures diverses, de religions plurielles et d’altérité. Si le fait migratoire apparaît comme révélateur de tensions propres aux espaces d’origine mais aussi comme participant parfois à des tensions dans les espaces d’accueil, il y génère également des dynamiques d’hybridation et de créativité, des apports d’énergies nouvelles et des activités transnationales.

    Depuis les années 1990, le continent européen est devenu l’espace-cible d’une pression migratoire importante, transformant en pays d'accueil nombre de pays de transit en Europe orientale ou sur les rives méridionales de la Méditerranée. Les dispositifs dits de Schengen et Dublin sont arrivés au terme de leurs capacités respectives ; et les gouvernements européens, tout comme les instances interétatiques, ne parviennent plus à répondre aux enjeux humanitaires et politiques, ni même à réformer leur système de règles et d’action. En corollaire, les sentiments de xénophobie, les approches populistes et les réactions de rejet vont en augmentant. Ces évolutions nouvelles, sans être généralisées, pèseront néanmoins lourdement en matière d'intégration, de cohésion sociale et de fonctionnement démocratique des sociétés européennes. Des thèmes comme les citoyennetés européennes, les politiques migratoires, ainsi que les embrigadements et les radicalisations (qui ne touchent pas que les populations de culture musulmane) sont inclus de façon centrale dans notre réflexion.

    Notre perspective socio-anthropologique nous conduit à interroger ce que représentent et font les frontières du point de vue des populations qui les traversent et/ou qui sy heurtent ; quelles prises de positions citoyennes elles peuvent générer ; quelle gestion elles impliquent en termes de gouvernementalités intra- et extra-européennes. Elles constituent une dimension incontournable de la réflexion sur les dynamiques européennes ; mais il faut les prendre en compte dans leurs multiples dimensions : matérielles et symboliques, physiques et idéologiques, visibles et invisibles, sociales et politiques…  en fonction de la complexité des processus qu’elles contribuent à façonner.

    Au sein de cette thématique nous interrogeons particulièrement les logiques d’action et les conditions de déplacement, forcé ou non, de populations vers l’Europe. Nous menons des enquêtes - en utilisant notamment la méthode biographique - pour retracer la vie des migrant-e-s installé-e-s, légalement ou non, au sein des différents pays d’Europe et plus particulièrement en France et en Allemagne. Ces populations sont confrontées à un processus d’européanisation qui les engage à s’intégrer tout en maintenant des liens transnationaux. Elles ne sont pas seulement objets de politiques sociales les concernant ; l’observation montre qu’elles contribuent parfois à les infléchir (Têtu-Delage ; Delcroix).

    Les anthropologues travaillant sur cette sous-thématique interrogent les relations que l'Europe entretient avec d’autres régions du monde ; en particulier - mais pas exclusivement - depuis ces espaces d’observation privilégiés que sont les mondes coloniaux ou postcoloniaux de l'Europe, dans lesquels le processus d’européanisation prend un sens très spécifique. Ils étudient les interactions entre différentes sociétés et cultures en contexte, et travaillent à décrire et caractériser les dynamiques de transformations et les nouvelles configurations sociales, culturelles, économiques et politiques qu'elles produisent. En effet, que ce soit sous sa forme coloniale ou sous celle de ses influences de toutes sortes, la projection de l'Europe hors de ses frontières a généré, et continue à le faire, des processus très diversifiés d'européanisation dont ils cherchent à décrire et analyser les modalités à partir de configurations sociales déterminées. Toutefois, ces interactions, mais aussi celles de la globalisation, produisent aussi à l'intérieur de l'Europe des reconfigurations sociales et culturelles dont les processus ont été moins scrutés par le regard de l'anthropologie. On peut les qualifier en première approximation de mélanges ou d'hybridations. Ils semblent constamment reformulés, phénomène qu'une partie de nos travaux entend préciser en travaillant en particulier sur les contrastes, discontinuités et continuités de ces espaces-temps d'interaction, hors d'Europe et/ou en Europe, à partir des terrains ethnographiques de longue durée, effectués dans les langues locales, véritables laboratoires de l’anthropologie. Notre démarche implique aussi une forte dimension comparative qui pose des questions théoriques majeures, en particulier sur un axe allant des comparatismes explicites aux comparatismes implicites.

     

    Circulation des normes et des engagements : savoirs, croyances et militance dans l’espace public en Europe

    L’Europe est aussi une construction culturelle, façonnée par la circulation en son sein de normes, de croyances et de savoirs. Ceux-ci contribuent, et parfois résistent, à la formation d’un espace public européen sous l’effet de controverses scientifiques ou sociales, d’élaborations (conjointes et non toujours convergentes) de causes, et d’entreprises de plaidoyer porteuses de mobilisations.

    Inter-normativité

    L’étude de ces dynamiques interculturelles mobilise la notion d’inter-normativité : rapportée aux interactions entre différents acteurs et ordres normatifs, celle-ci rend attentif aux innovations sociales ainsi qu’aux rapports de force pouvant résulter de la rencontre et/ou de la confrontation entre des univers sociaux et culturels distincts. Ce regard sur l’inter-normativité dans le processus de formation d’un espace public européen – et de ses altérations – s’attache à l’étude de deux objets interdépendants.

    D’une part il s’agit d’étudier les modalités d’émergence des connaissances, que celles-ci relèvent des savoirs savants ou des savoirs pratiques. Les travaux porteront sur la circulation des savoirs en Europe et sur ses éventuels angles morts. Dans le domaine scientifique ils seront attentifs à leur diffusion dans le temps et au rôle qu’ont joué les échanges intellectuels transnationaux (mais aussi parfois transdisciplinaires) dans la construction et la structuration de concepts et systèmes théoriques visant à décrire le social, que ce soit par hybridation ou par opposition.

    Les relations inter-normatives sont également analysées dans le domaine des croyances (religieuses, antireligieuses, à la frontière du religieux). Les fidèles et les institutions religieuses sont également acteurs de productions normatives, de savoirs et de conduites entés sur un certain rapport à l’histoire. Ces formes de vie et ces entreprises morales, juridiques ou théologico-politiques seront étudiées sous le rapport des emprunts, des jeux de concurrence et des controverses dont elles font l’objet.

    Mobilisations collectives        

    Les processus d’inter-normativité se vérifient dans les pratiques militantes qu’ils contribuent à forger : les mobilisations dans l’espace public. Nous continuerons à examiner en temps réel comment des citoyens s’impliquent dans la gouvernance locale et la construction d'un espace social et physique européen à travers des initiatives collectives, des plus spontanées et ponctuelles aux plus organisées et institutionnalisées, autour notamment de différents objets environnementaux.

    Les principales caractéristiques des formes contemporaines d’engagement sont d’une part la création de communautés militantes sur la base de libres affiliations individuelles, et d’autre part des enjeux qui concernent souvent le quotidien. Qu’ils s’identifient ou s’affilient à des mouvements (« Colibris », « mouvement de la Transition », « Incroyables comestibles »…), ou qu’ils prennent part à des formes d’engagement encore plus fluides et individualisées comme dans les différentes formes du Slow (slow food, slow cosmétique, slow cinéma…), ces engagements et les productions normatives qui les fondent se disséminent dans différents pays européens. Dans un autre registre les mobilisations religieuses, conservatrices ou non (notamment catholiques ou musulmanes) investissent aussi les enjeux écologiques et de genre, ainsi que ceux de la définition du commun et du particulier, dans un récit de reconquête de l’espace public et de défense d’une conception identitaire de l’Europe ou de ses communautés. Ces mobilisations peuvent être aussi porteuses d’une recherche de reconnaissance alliant des modalités variables de différenciation et de dé-différenciation. On analysera donc ces différents répertoires, leurs assemblages pratiques et  idéologiques, ainsi que  les modalités de leurs essaimages.

    Au plan méthodologique, les travaux s’appuieront sur des analyses discursives et textuelles, des démarches de type ethnographique, des enquêtes multi-situées et des approches comparatives, ainsi que sur des analyses multivariées assorties de cartographies. Ils chercheront également à explorer les réseaux matériels et immatériels qui sous-tendent ces circulations et contribuent, ou font obstacle, à leur extension.

     

    Réseaux commerciaux et construction de l’Europe

    L’intégration européenne s’est historiquement structurée autour de la constitution puis de l’extension d’une aire de marché. Dès le Traité de Rome, la constitution d’un marché transnational était pensée comme la garante de l’homogénéisation culturelle des territoires européens. Elle était même supposée participer à la progressive émergence d’une identité commune.

    L’objectif de nos travaux sera d’étudier les acteurs de cette extension de l’aire de marché en Europe en nous demandant dans quelle mesure les réseaux commerciaux contribuent à densifier les relations économiques, sociales et politiques entre les territoires. Cette étude, par nature transdisciplinaire, combinera les approches économiques, géographiques, historiques et sociologiques. Elle visera à mettre au jour les caractéristiques des réseaux commerciaux, de leurs acteurs, mais aussi à s’interroger sur leurs évolutions et leur capacité à façonner l’Europe voire à créer une identité européenne.

    Il s’agira également de revenir sur le rôle joué par les lobbys, les chambres de commerce, les entreprises et les marchands dans cette création d’un espace économique homogénéisé. Nous nous intéresserons plus particulièrement aux modes d’approvisionnement de Strasbourg pour essayer de percevoir leurs évolutions, leur importance, leurs modalités et leur progressive inscription dans l’Europe.

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