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Présentation

L’UMR7367 « Dynamiques Européennes » est née en janvier 2014 d’un rapprochement entre le laboratoire Cultures et Sociétés en Europe et le FARE (Frontières, Acteurs et Représentations de l’Europe). Il s’agit d’une équipe labélisée par le CNRS et l’Université de Strasbourg qui a une dimension interdisciplinaire portée conjointement par des sociologues, des historiens, des ethnologues, des politistes et des géographes.

    Son projet scientifique, élaboré en commun, part de l’idée que la construction européenne est un phénomène au long cours, ambivalent, conjuguant coopérations et concurrences, confiance et défiance. Cela suppose donc d’analyser autant les consensus que les conflits observables. La construction de l’Europe apparaît alors comme un processus social-historique non linéaire, à envisager aussi bien « par le bas » (acteurs des sociétés civiles) que « par le haut » (gouvernants, institutions, cultures politiques…). L’Europe est aussi envisagée dans ses rapports avec le reste du monde (migrations, relations internationales, transferts culturels, production et circulations des normes…), ainsi que dans sa dimension temporelle, qui remonte bien au-delà de la période postérieure à 1945.
    
    A la lumière de comparaisons épistémologiques, notamment franco-allemandes, et de réflexions croisées ce projet met en place un programme de recherche sur les dynamiques européennes contemporaines. Il est décliné en 6 axes :

  • Axe 1 - Résistances et ambivalences par rapport à la construction européenne
  • Axe 2 - L’unification par les conflits: histoire, concepts, mémoires
  • Axe 3 - Frontières, inter-régionalisme, et acteurs de l’intégration européenne
  • Axe 4 - Être européen: corps, santé, tournants biographiques
  • Axe 5 - Circulation des savoirs, des croyances et des normes en Europe
  • Axe 6 - Migrations, mobilités, européanisation


        Dans sa configuration présente, l’équipe comprend 45 enseignants-chercheurs, 5 personnels CNRS, et 114 doctorants (contrats doctoraux, co-tutelles, CIFRE..).

Un séminaire collectif permet de construire l’objet ‘dynamiques européennes’ à partir de l’articulation de différents regards disciplinaires, de différentes échelles d’observation et de méthodologies diverses (qualitatives et quantitatives). Des publications communes diffuseront les résultats. D’autre part se poursuit un séminaire franco-allemand organisé depuis 2007 avec des collègues de l’Université Goethe de Francfort sur la question des migrations internationales. D’autres séminaires permettent d’approfondir nos recherches : « Corps », « Corps vulnérables. Normes éthiques et politiques de l’intégrité corporelle et de la sexualité », « Genre et Développement », « Mondialisation et mutations sociales en Afrique », « les libéralismes face au libéralisme ».

    Actuellement, l’UMR est impliquée dans divers projets d’excellence, dont trois IDEX : La construction européenne et le nouvel antieuropéanisme  Surveiller et grandir : savoirs et fabriques du corps enfantin en Europe (analyse comparative en France, Grande-Bretagne, Italie, Norvège et Pologne), et Propreté de l'enfant, catégorisations sociales et fabrique du “bon parent” , 2 ANR (KEEPHEALTHYKIDS et Physionomie), un projet Grand Emprunt Oseo ‘Open Food System’, et une Chaire Jean Monnet).

Éditorial

Nos recherches portent sur les dynamiques de toutes sortes qui sont à l’œuvre dans “l’objet Europe”, c’est-à-dire au sein de l‘espace européen et dans ses rapports avec les régions qui le bordent au Sud et à l’Est (Maghreb, Machrek, Turquie) au cours du XXe siècle et jusqu’à aujourd’hui.

L’objet Europe est ici construit à partir de sa pluralité. On oppose souvent l’Europe des peuples à l’Europe des institutions, mais cette dernière présente elle-même de multiples périmètres. De fait coexistent plusieurs définitions politico-géographiques de l’ “Europe” : Union Européenne (27 membres), Conseil de l’Europe (47 membres), OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe, 56 membres) auxquelles s’adjoignent diverses organisations : la zone Euro, la zone incluse dans les accords de Schengen, l’Agence Frontex, l’Eurocorps, etc… Des programmes européens  - le plus réussi étant peut-être le programme Erasmus – et diverses manifestations culturelles et sportives ’européennes’ ont des effets sur les représentations que les citoyens se font de l’Europe. La géographie recouvre des dimensions historiques et culturelles, sociologiques et politiques qui font de cette Europe un ensemble à géométrie (très) variable et en perpétuelle transformation.

Mais l’Union Européenne est aussi marquée par un décalage entre les décideurs et les citoyens. Historiquement, les différences entre les sociétés européennes se sont exprimées à travers des relations de rivalité et d’alliance en interaction forte. Echanges et coopérations, conflits larvés et guerres ouvertes ont constitué les facettes de la réalité européenne, jusqu’à ce qu’elle bascule dans l’extrême de deux guerres mondiales. Sur les ruines de ces tragédies est apparue la nécessité, certes difficile à traduire en volonté politique, de mettre fin une fois pour toutes aux guerres intra-européennes en créant une entité supranationale au sein de laquelle les bellicismes nationaux finiraient par se dissoudre. Le tandem franco-allemand a été le principal moteur de ce grand projet, unique à l’échelle de l’histoire ; ses premières réalisations ont été franco-allemandes (Kaelble). L’idée centrale était de développer les échanges commerciaux et les coopérations industrielles : la circulation des marchandises, l’établissement d’un « marché commun », l’unification des règles, le développement des mobilités intra-européennes, la convergence des modes de consommation et des modes de vie rapprocheraient les peuples, créeraient non seulement un espace public mais aussi un “espace mental” (Schütze) européens, et ouvriraient la voie à une intégration politique dans une Europe fédérale.

La mise en œuvre de ce grand projet a rencontré certains succès jusqu’à la mise en place de l’espace Schengen. L’unification du marché, qui n’était initialement qu’un moyen, est peu à peu devenue la fin poursuivie, éclipsant la dimension d’intégration politique. Les élites économiques, grandes bénéficiaires de l’exercice, ont poussé à la mondialisation des échanges, ce qui est très différent d’un marché commun intérieur aux frontières de l’UE. Dès lors est apparu le risque qu’augmente le nombre des economic losers (Fligstein) et que, de protestations en votes pour des partis anti-européens, ils finissent par enrayer le grand projet. Tel était le scénario d’euro-clash annoncé par le sociologue Neil Fligstein en 2008, dont les signes avant-coureurs, électoraux et autres  – que nous avons étudiés de près – se sont multipliés, jusqu’au coup de tonnerre du vote britannique pour le Brexit. Les politologues n’avaient guère prévu cet évènement, au contraire du sociologue Diez-Medrano (2003) qui avait étudié, par l’analyse de la presse écrite et des entretiens approfondis, les attitudes des Britanniques, Allemands et Espagnols à l’égard de l’Union Européenne, et parfaitement perçu chez lesAnglais - sauf les plus jeunes - la quasi-absence d’un sentiment d’identité européenne, voire d’appartenance à “l’Europe”.

Il apparaît donc que l’Histoire se fait parfois contre la volonté des élites. Mais il est bien trop sommaire d’opposer deux ‘classes’ d’acteurs, les élites (pro-UE) et les classes populaires (majoritairement anti-UE), au demeurant structurés très différemment. Nos recherches sociologiques établissent qu’un troisième type d’acteur est depuis longtemps en émergence et cherche à la fois sa voie et sa voix. Il est composé d’une multitude de réseaux transeuropéens de jeunes adultes éduqués ayant vécu dans d’autres pays européens que le leur (Recchi), travaillant dans des institutions publiques ou associatives plutôt que dans le privé, dans les secteurs du “développement humain” (enseignement, culture, médias, santé, prime enfance, travail social, urbanisme et environnement) plutôt que dans la finance ou l’industrie. Tournés vers l’avenir, ils et elles sont activement pro-européens, mais sont également conscients des risques de fragilisation des institutions de protection sociale face à l’extension indéfinie du principe du tout-au-marché. Leurs réseaux se sont souvent formés grâce à des programmes européens, Erasmus par exemple, mais aussi d’autres programmes initiés par le Conseil de l’Europe en direction des jeunes Européens. Ils ne font pas partie des élites, mais de ces ‘minorités actives’ (Moscovici) qui, dans des circonstances favorables, peuvent infléchir le cours de l’Histoire. On trouve parmi eux nombre de descendants d’immigrés, déjà porteurs d’une double culture et donc plus mobiles dans tous les sens du terme (Wihtol de Wenden et Leveau). Les réseaux familiaux de leurs parents s’étendent souvent sur plusieurs pays européens, et bien entendu jusqu’à leur région d’origine : un facteur facilitant le développement d’activités transnationales.

Le laboratoire DynamE compte des spécialistes des pays du Maghreb, de la Turquie et de l’Afrique subsaharienne, ainsi que des populations immigrées en provenance de ces pays. La question des politiques migratoires en constitue une thématique transversale importante. C’est notamment à leur prisme que nous étudions la gestion des frontières de l’Union Européenne (et leur durcissement). Ces politiques interrogent aussi les formes d’inclusion et d’exclusion des migrant(e)s et de leurs descendant(e)s dans les sociétés européennes, et plus largement les formes de leur citoyenneté ; la contestation des accords de Schengen, qui assurent leur libre circulation, est révélatrice à cet égard. La fermeture des frontières de l’Union Européenne aux migrants est l’une des conséquences de la montée de sentiments xénophobes.

Nos enquêtes sur les sans-papiers nous ont conduit à dépasser la conception habituelle des frontières qui ne décrit que ce qui constitue leur face externe. L’étranger qui parvient à entrer sur le territoire de l’Union Européenne grâce à un passeur, et s’y retrouve en clandestin menacé d’expulsion (Têtu-Delage) n’a franchi en quelque sorte que la face externe de la frontière (Pian) ; tant qu’il ou elle n’a pas obtenu de droit de séjour il n’en a pas encore franchi la face interne.

L’Europe apparaît alors comme un processus social-historique non-linéaire à envisager aussi bien latéralement (acteurs des sociétés civiles, réseaux trans-européens… : cf. Heidenreich) que verticalement (Conseil européen, institutions européennes et nationales, cultures politiques). Nous recherchons les manières dont les réalités objectives et les représentations à leur propos se construisent dans la tension entre expériences sociales-historiques et cadrages institutionnels normatifs, entre diversités et uniformisation, par la circulation d'idées, de messages, de valeurs, de normes et de personnes. Ces objets de recherche sont définis à la lumière de comparaisons épistémologiques, notamment franco-allemandes. Ils peuvent renouveler les connaissances sur les dynamiques transculturelles européennes. Il n’est pas sans intérêt par exemple de constater par des recherches comparatives européennes (France, Italie, Grande-Bretagne, Norvège, Pologne) que ce qui est considéré comme bonnes pratiques éducatives et médicales à l’égard des enfants varie d’un pays à l’autre ; et que la grande diversité des expériences enfantines et adolescentes remet de toute façon en cause une pensée normative du développement qui postule des étapes objectives et universelles, et s’accompagne de rhétoriques médicales du risque qui engendrent beaucoup d’inquiétude.

Notre projet s’inscrit dans les axes de développement de l’Université de Strasbourg. Celle-ci est un élément moteur de la Confédération des universités du Rhin supérieur (EUCOR) qui concerne les universités de Karlsruhe, Freiburg/Brisgau, Mulhouse, Bâle, et qui promeut les relations scientifiques transfrontalières. Il est ainsi en phase avec le contrat de site Alsace, signé au printemps 2013, qui indique : « Dans le but de faire de Strasbourg un centre de documentation sur l’Europe de premier plan, mais aussi d’encourager et de stimuler les recherches scientifiques sur les questions européennes, les quatre établissements mettront en place un centre de documentation sur l’Europe qui, ouvert sur la cité, s’adressera à la fois au grand public et aux chercheurs spécialistes des questions européennes ». Ce potentiel documentaire viendra renforcer celui lié à la présence des institutions européennes et de la Bibliothèque Nationale Universitaire de Strasbourg.

L’Université de Strasbourg est reconnue pour son excellence. D’emblée bénéficiaire de l’IDEX, elle en répartit les moyens sur les meilleurs projets de recherche. Notre projet s’appuie aussi sur un ensemble substantiel de contrats de recherche (nous en développons ci-après quelques exemples ; voir aussi en annexe la liste de tous les contrats en cours).

Nous cherchons à ouvrir des perspectives nouvelles : par l’interdisciplinarité, en articulant passé et présent ; en croisant différentes temporalités qui coexistent ; et en multipliant les focales ajustées à des échelles d’observation diverses. Notre projet vise à éclairer les discordances et les rapports entre prises de position institutionnelles et pratiques sociales. Il propose une double approche des questions européennes : l’une, régionale et infra-étatique, permet une étude des processus d’européanisation latérale ; l’autre, interétatique et supra-étatique, conduit à une analyse des cultures politiques et à une vision verticale. Cette double approche est appropriée à l’analyse des processus transculturels, considérés à partir des pratiques, des usages et des représentations ; par exemple dans l’étude des relations transfrontalières qui constitue l’un des points forts de nos recherches, et qui est peu pratiquée en France.


Catherine Delcroix

 




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