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Circulation des savoirs, des croyances et des normes en Europe

Responsables : Laurence Granchamp et Justine Faure

Nous déterminerons la manière dont les savoirs et les discours savants produisent eux aussi des dynamiques transculturelles, et en affectent d’autres, comment les croyances et les normes, parce qu’elles expriment des représentations du vrai, du beau et / ou du bien qui paraissent souvent, à tort ou à raison, incompatibles à ceux qui les défendent, s’affrontent et s’ajustent dans l’espace public européen.

L’Europe des savoirs en sciences sociales

Nous étudierons tout particulièrement la circulation des savoirs sur le social, les échanges conceptuels et méthodologiques au sein de l’Europe, et entre l’Europe et le reste du monde, la manière dont les savoirs se constituent, et les innovations théoriques se produisent au cours de controverses dont le ressort est inter-national ou inter-culturel.
En raison de l’histoire tourmentée de l’Université de Strasbourg, mais également de la tradition épistémologique qu’elle a développée, un accent sera placé sur les disputes épistémologiques, les transferts conceptuels et les rémanences des idées et des méthodes entre la France et l’Allemagne. Notre équipe travaillera aussi bien dans une perspective d’histoire de la sociologie (Max Weber, Georg Simmel) qu’elle ne dégagera une analyse des dynamiques de confrontations entre les théories sociales françaises et allemandes contemporaines (théories de la reconnaissance, théories du croire, théories du conflit, etc.).

Une dimension historique sera également présente dans les travaux de notre équipe. Il s’agira notamment d’étudier les circulations des savoirs en sciences sociales en Europe, en particulier durant la période de la guerre froide et des débuts de l’intégration européenne, selon une approche relavant des transferts culturels (Michel Espagne, Michael Werner…). Au croisement de l’histoire des relations internationales, de l’histoire transnationale et l’histoire des sciences sociales, nous réfléchirons par exemple au rôle des acteurs transnationaux (comme par exemple les fondations philanthropiques) dans la diffusion en Europe de l’Ouest et de l’Est de normes et de savoirs en sciences sociales, et à leur insertion dans des réseaux internationaux. Nous nous attacherons aussi aux phénomènes d’échanges intra et extra-européens, à travers l’identification de médiateurs (chercheurs, ouvrages exportés ou traduits…) et à l’analyse des phénomènes de mobilités scientifiques internationales. Il s’agira enfin de travailler sur des cas concrets de transferts culturels, comme par exemple la diffusion en Europe, et en particulier derrière le rideau de fer, des sciences sociales telles que les universitaires occidentaux les pratiquent (la sociologie en particulier).

L’Europe comme espace epistémique entre savoirs experts et profanes

Nos recherches portent également sur les rapports entre savoirs experts et savoirs profanes, sur les relations complexes que la sociologie entretient avec l’usage de raisonnements ordinaires, la manière dont s’organise le rapport entre savoir commun social et réalisation des activités par les individus. Elles incluent les formes de réflexivité sociale, et les modalités d’interaction ou de confrontation entre la production de savoir sociologique et les logiques d'action et d'argumentation des acteurs dans différents contextes de vie, en particulier entre discours et les pratiques militantes d'une part et d'autre part des théories savantes dans la gauche radicale, et entre répertoires politiques écologistes et savoirs environnementaux. Elles explorent enfin les grammaires qui s’imposent à tous, de part et d’autre de la frontière discours ordinaires-discours savants, et les modalités de ce partage (recherche menée dans le cadre d’un partenariat avec l’Exzellenzcluster « die Herausbildung normativer Ordnungen* » à Francfort) Dans chacune de ces trois formes, il s’agira de comprendre comment ces échanges et ces confrontations produisent l’Europe en tant qu’espace épistémique et politique, comment ils participent au fonctionnement d’un espace public européen.

Conjointement, nous établirons les modalités selon lesquelles la pluralité des régimes de vérité dans l’espace social européen engendre de l’innovation sociale, comment les dynamiques transculturelles des savoirs contribuent à modifier les valeurs et les normes des différentes sociétés européennes, comment, enfin, ces débats permettent l’apparition d’espaces spécifiques propices à l’émergence de nouveaux collectifs et/ou permettent aux groupes existants de se structurer et de renforcer leurs réseaux.

Un espace politique construit par les disputes normatives

Nous étudierons les relations inter-normatives à l’intérieur de l’Europe, comme entre sociétés européennes et sociétés non-européennes, c’est-à-dire la manière dont les systèmes de valeurs et les systèmes de normes s’influencent réciproquement, entrent en concurrence, s’affrontent.
Nous nous donnons notamment pour objet les grammaires contemporaines de justice (comme celle de la reconnaissance, celles de l’égalité, celle de la pluralité), et les revendications politiques auxquelles elles donnent lieu.

Nous dégagerons également une perspective sur la construction du politique au sein des sociétés européennes, analyse que nous mènerons au travers de l’étude de ces objets qui peinent à se faire reconnaître comme politiques, (1) en raison de leur caractère transnational, (2) parce qu’ils sont considérés comme trop peu sérieux ou trop impurs pour relever de la sphère politique (les activités de care), (3) parce qu’ils sont perçus comme relevant de la sphère privée, (4) parce qu’ils sont portés dans l’espace public d’une manière qui n’est pas considérée comme légitime (violence urbaine, pratique religieuse, etc.)

Les visions du monde – ces systèmes cohérents qui apportent des réponses aux questions ultimes et incluent l’ethos – retiendront donc aussi notre attention pour le rôle central qu’elles jouent dans l’entretien des identités individuelles et collectives. Notamment parce que leur diversité est cause de conflits qui sont souvent considérés comme non accessibles au compromis. Il s’agit d’analyser les mises en forme de ces conflits, les types de négocia­tions, de compromis ou d’ajustements pratiques qui facilitent leur résolution ou atténuation ainsi que les modalités d’évitement.
Les relations inter-normatives sont également étudiées au prisme de l’ordre du genre et de l’orientation sexuelle, c’est à la fois les affrontements entre différentes normes du genre et des pratiques sexuelles, et la manière dont d’autres régimes normatifs, comme par exemple celui de la vulnérabilité, psychique et corporelle, ou celui du consentement, concourent à définir et à confirmer l’ordre du genre.

Les relations inter-normatives sont encore analysées dans le domaine des croyances (religieuses, anti-religieuses, à la frontière du religieux). Les affirmations et conflits de valeurs sont envisagés dans divers contextes : espace public (débats sur l’islam et l’identité nationale), institutions (scolaire, carcérale, santé, ville), organisations religieuses. Une approche pragmatique du croire permet d’élargir l’approche rationaliste en faisant aussi place à l’expressivité ou symbolisation. Enfin, les croyances axiologique peuvent être analysées (dans et en dehors du religieux) en relation avec les sentiments psycho-sociaux qui les accompagnent (confiance, peur, rage, humiliation, sentiment d’injustice…).

L’analyse des valeurs mises en avant par divers acteurs (ou groupes) doit distinguer leurs expressions ou mises en forme (notamment culturelles), leurs combi­naisons à des conflits d’intérêts (concurrence pour des ressources matérielles et/ou de la reconnaissance) ou à des antagonis­mes de frustration, les marques d’incompatibilité ou de hiérarchisation, ainsi que les solidarités sans consensus avec les groupes ou institutions.
Il nous paraît fécond, pour la compréhension des formes de pluralité (culturelle, normative, de mode de vie…) en Europe d’appréhender simultanément des enjeux aussi divers que le genre, le care, la religion et la migration.

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